Mettre en relation la biodiversité fonctionnelle et l'approche paysagère des vignobles, tel est l'objectif du programme européen Biodivine qui vient de commencer.
« Biodivine vise à aborder la valorisation positive patrimoniale (les paysages) et écologique (biodiversité) des vignobles pour une gestion durable des terroirs », précise Joël Rochard, responsable du pôle national développement durable de l'IFV (Institut français de la vigne et du vin). « Ce programme s'appuie notamment sur les travaux sur les paysages menés par l'IFV et ceux sur la biodiversité conduits par Maarten Van Helden de l'ARD-VD (Association pour la recherche et le développement en viticulture durable) ».
Une expérimentation commencée sur 6 sites en Europe
Biodivine s'inscrit dans le cadre d'un projet européen Life impliquant la France, l'Espagne et le Portugal. « La volonté est de mener l'expertise sur une diversité de sites (contexte d'implantation de vignoble, biotopes et paysages différents) » détaille Joël Rochard. « Ainsi, actuellement, 6 sites de démonstration sont étudiés : trois en France (Limoux, Saint-Emilion et Costières de Nîmes), deux en Espagne (La Grajera et Penedes) et un au Portugal (Alto Douros). Nous attendons l'accord de l'Europe pour pouvoir étendre ce programme à la Bourgogne et à la Champagne ».
« L'étude a commencé fin 2010 par une approche cartographique (à partir notamment de la base de données Corine Land Cover) afin d'étudier l'importance de la vigne par rapport à l'occupation du territoire » détaille Joël Rochard. « Depuis le début de la végétation, sur la période avril-juin, des mesures de la biodiversité sont réalisées à partir de la méthode RBA (Rapid biodiversity assessment) qui permet de dénombrer rapidement les insectes et les araignées sur une approche morphologique. Des comptages des rampants sont également effectués. Sur tous les sites, des pièges ont ainsi été installés dans le vignoble et dans les zones périphériques. D'autres études vont suivre. Notamment un inventaire des mammifères et des oiseaux (en relation avec la Ligue pour la protection des oiseaux ou les associations locales de protection de la nature) et des études sur la microbiologie des sols ». De ces mesures découleront des plans de gestion proposant un aménagement du paysage approprié, respectueux à la fois du biotope local et de la culture régionale.
Des objectifs multiples
Biodivine met en avant trois objectifs essentiels. Un objectif environnemental afin d'évaluer la portée de toutes les actions concrètes de conservation (enherbement, plantation de haies…) mises en œuvre pour freiner l'appauvrissement de la biodiversité en milieu viticole. Un objectif agronomique afin d'évaluer les avantages de la biodiversité des arthropodes et des champignons dans la viticulture. Un objectif concernant le paysage visant à déterminer les structures les plus efficaces en termes de biodiversité.
« A travers ce programme, il s'agit avant tout de sensibiliser les régions viticoles à la notion encore peu abordée de biodiversité » précise Joël Rochard. « Biodivine pourra nous permettre d'établir des liens entre les caractéristiques paysagères et la biodiversité. Ce programme pourrait déboucher aussi sur l'établissement d'indicateurs de biodiversité pertinents en milieu viticole, ainsi que sur la formalisation d'une charte biodiversité viticole, support d'un label ».
Autant de pistes d'application qui s'affineront au fur et à mesure de la conduite de ce programme.
|