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La biodiversité au service de la lutte biologique…
La lutte biologique contre les insectes ravageurs des cultures a connu, depuis un siècle, bien des réussites. Par exemple, la production de masse du trichogramme, qui détruit les œufs de la pyrale du maïs, a été mise au point et expérimentée par l'INRA1, en collaboration avec la société Biotop. Autres succès issus des travaux des chercheurs de l’INRA, la protection biologique intégrée en cultures sous serre, ou la lutte contre plusieurs ravageurs d’origine exotique, comme le Psylle de l’eucalyptus ou la Cicadelle nord-américaine. L’ensemble de ces démarches repose sur une bonne connaissance de la biodiversité et du fonctionnement des écosystèmes. Aujourd’hui, la lutte biologique s’inscrit dans le cadre d’une agriculture durable et respectueuse de l’environnement.

Les principales méthodes de lutte biologique

Pour lutter contre un insecte nuisible à une plante cultivée, l’organisme auxiliaire utilisé peut être un prédateur, un parasite ou un microorganisme. Dans le cas où l’auxiliaire est un animal, souvent appelé entomophage, plusieurs méthodes d’intervention sont envisageables :

• les traitements biologiques. Comme pour tout traitement phytosanitaire, ils sont répétés dans le temps et permettent d’obtenir soit un effet d’élimination rapide du ravageur par les organismes directement lâchés en grand nombre (lâchers inondatifs), soit un effet différé par la descendance des individus lâchés (lâchers inoculatifs). Ce sont surtout les auxiliaires utilisés dans ce cadre qui font l’objet d’un développement commercial, comme les trichogrammes.
• la lutte biologique par acclimatation ou lutte biologique classique. Elle a pour but de rechercher et d’introduire un auxiliaire originaire de la même zone géographique que le ravageur exotique qui a été introduit accidentellement dans une région nouvelle. Il s’agit dans ce cas d’établir un équili-bre durable entre le ravageur et l’auxiliaire. C’est le cas pour le psylle de l’eucalyptus ou la Cicadelle nord-américaine.

Trichogrammes pondant dans des œufs de pyrale du maïs.
Dans tous les cas, la lutte biologique est ciblée sur l’insecte nuisible. Elle évite le recours aux insecticides de synthèse qui pose de nombreux problèmes, comme le manque de sélectivité, la résistance développée par les ravageurs à certains produits ou le problème des résidus de traitements. Elle préserve ainsi la biodiversité au sein de l’écosystème traité.
La lutte biologique s’appuie sur des recherches scientifiques de haut niveau. Il s’agit en effet de connaître l’écosystème où vit le ravageur, d’étudier les interactions avec les autres organismes, la génétique et la dynamique des populations. Dans tous les cas, la connaissance et la gestion de la biodiversité sont des points essentiels à prendre en compte pour mettre en place une stratégie viable de lutte biologique.


Inra - 28/07/2006

Les trichogrammes contre la pyrale du maïs

La production de masse d'une microguêpe, qui s'appelle Trichogramma brassicae, a été mise au point et expérimentée par l'INRA à Antibes, en collaboration avec la société Biotop. Ce parasitoïde (organisme parasite qui, pour se développer, provoque systématiquement la mort de son hôte) s'attaque aux œufs de la pyrale du maïs, un papillon, l'un des principaux ennemis de cette culture. Dans la biofabrique, l'insecte auxiliaire est conditionné en plaquettes qui sont disposées sur le terrain. Le prix de revient de ce procédé est équivalent, pour l'agriculteur, à celui des insecticides chimiques et son efficacité est redoutable. Grâce à l'intérêt croissant pour les méthodes alternatives de protection des cultures, les surfaces de maïs traitées en France par la lutte biologique augmentent régulièrement et dépassent au-jourd'hui les 80 000 hectares.

La protection biologique en cultures sous serres

Depuis plus de 20 ans, la lutte biologique par apport d’organismes auxiliaires s’est fortement développée en France sur plusieurs cultures protégées. Cette technique donne entièrement satisfaction puisqu’elle a permis de réduire considérablement l’utilisation des insecticides et acaricides. Cette réduction atteint 90% pour les cultures de tomate sous serre, dont plus de 50% des superficies utilisent cette technique alternative de protection. Alors qu’en 1980, 2 à 3 espèces d’insectes auxiliaires étaient utilisées en France, on en compte actuellement plus d’une cinquantaine. Le monde agricole profite donc pleinement de cette avancée technologique, qui permet, en réduisant l’usage des produits phytosanitaires, de protéger les cultures avec des organismes vivants, inoffensifs pour les consommateurs et l’environnement.

Des insectes pour contrôler les invasions de nouveaux ravageurs

En 1994, un nouvel insecte ravageur est signalé sur la Côte d’Azur, principale zone de production de feuillages d’eucalyptus à vocation ornementale en France. Originaire de l’Australie, le psylle de l’eucalyptus (Ctenarytaina eucalypti), un suceur de sève proche des pucerons, envahit les plantations des Alpes-Maritimes et du Var. La lutte chimique employée par les horticulteurs est peu efficace et très néfaste pour l’environnement, et les prédateurs autochtones (araignées, punaises) ne sont pas suffisamment efficaces pour maîtriser les pullulations. Les scientifiques de l’INRA engagent alors des recherches visant à identifier, dans la région d’origine du psylle, un auxiliaire potentiel, et à l’acclimater. Une microguêpe, Psyllaephagus pilosus, parasite spécifique des larves du psylle de l’eucalyptus, est rapidement repérée et au printemps 1997, plusieurs centaines d’individus sont introduits dans les locaux de quarantaine à l’INRA. Les chercheurs entament alors un patient travail consistant à isoler individuellement des adultes de l’auxiliaire, en s’assurant de l’élimination de tout risque d’introduction d’hyperparasites ou de maladies. Fin avril 1997, les premiers lâchers d’adultes sont effectués dans le massif du Tanneron, sur une parcelle très infestée par le psylle. Au bout de trois mois à peine, aucun renfort ne s’avère nécessaire, tant la multiplication et la dissémination du parasite sont spectaculaires. Le parasitoïde ne s’est pas seulement disséminé au sein des parcelles dans lesquelles il avait été lâché, mais également dans toute la région, atteignant même la côte italienne de Ligurie où les plantations d’eucalyptus sont très répandues.
L’opération est un franc succès. Le suivi de la démographie du couple hôte-parasitoïde coordonné par l’INRA depuis le début de l’opération révèle que l’auxiliaire reste fidèle au poste. Il s’est acclimaté sans problème et sa spécificité d’action le rend sans danger pour d’autres insectes autochtones.

Une opération analogue est actuellement en cours à l’INRA pour combattre la Cicadelle nord-américaine, Metcalfa pruinosa, qui envahit de nombreuses régions du Sud de la France. Les résultats, bien que moins rapides à obtenir compte tenu de la biologie du ravageur et de l’auxiliaire introduit, sont extrêmement encourageants et permettent d’envisager une issue positive sur la réduction durable des populations de la cicadelle dans les toutes prochaines années.




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