Les trichogrammes contre la pyrale du maïs
La production de masse d'une microguêpe, qui s'appelle Trichogramma brassicae, a été mise au point et expérimentée par l'INRA à Antibes, en collaboration avec la société Biotop. Ce parasitoïde (organisme parasite qui, pour se développer, provoque systématiquement la mort de son hôte) s'attaque aux œufs de la pyrale du maïs, un papillon, l'un des principaux ennemis de cette culture. Dans la biofabrique, l'insecte auxiliaire est conditionné en plaquettes qui sont disposées sur le terrain. Le prix de revient de ce procédé est équivalent, pour l'agriculteur, à celui des insecticides chimiques et son efficacité est redoutable. Grâce à l'intérêt croissant pour les méthodes alternatives de protection des cultures, les surfaces de maïs traitées en France par la lutte biologique augmentent régulièrement et dépassent au-jourd'hui les 80 000 hectares.
La protection biologique en cultures sous serres
Depuis plus de 20 ans, la lutte biologique par apport d’organismes auxiliaires s’est fortement développée en France sur plusieurs cultures protégées. Cette technique donne entièrement satisfaction puisqu’elle a permis de réduire considérablement l’utilisation des insecticides et acaricides. Cette réduction atteint 90% pour les cultures de tomate sous serre, dont plus de 50% des superficies utilisent cette technique alternative de protection. Alors qu’en 1980, 2 à 3 espèces d’insectes auxiliaires étaient utilisées en France, on en compte actuellement plus d’une cinquantaine. Le monde agricole profite donc pleinement de cette avancée technologique, qui permet, en réduisant l’usage des produits phytosanitaires, de protéger les cultures avec des organismes vivants, inoffensifs pour les consommateurs et l’environnement.
Des insectes pour contrôler les invasions de nouveaux ravageurs
En 1994, un nouvel insecte ravageur est signalé sur la Côte d’Azur, principale zone de production de feuillages d’eucalyptus à vocation ornementale en France. Originaire de l’Australie, le psylle de l’eucalyptus (Ctenarytaina eucalypti), un suceur de sève proche des pucerons, envahit les plantations des Alpes-Maritimes et du Var. La lutte chimique employée par les horticulteurs est peu efficace et très néfaste pour l’environnement, et les prédateurs autochtones (araignées, punaises) ne sont pas suffisamment efficaces pour maîtriser les pullulations. Les scientifiques de l’INRA engagent alors des recherches visant à identifier, dans la région d’origine du psylle, un auxiliaire potentiel, et à l’acclimater. Une microguêpe, Psyllaephagus pilosus, parasite spécifique des larves du psylle de l’eucalyptus, est rapidement repérée et au printemps 1997, plusieurs centaines d’individus sont introduits dans les locaux de quarantaine à l’INRA. Les chercheurs entament alors un patient travail consistant à isoler individuellement des adultes de l’auxiliaire, en s’assurant de l’élimination de tout risque d’introduction d’hyperparasites ou de maladies. Fin avril 1997, les premiers lâchers d’adultes sont effectués dans le massif du Tanneron, sur une parcelle très infestée par le psylle. Au bout de trois mois à peine, aucun renfort ne s’avère nécessaire, tant la multiplication et la dissémination du parasite sont spectaculaires. Le parasitoïde ne s’est pas seulement disséminé au sein des parcelles dans lesquelles il avait été lâché, mais également dans toute la région, atteignant même la côte italienne de Ligurie où les plantations d’eucalyptus sont très répandues.
L’opération est un franc succès. Le suivi de la démographie du couple hôte-parasitoïde coordonné par l’INRA depuis le début de l’opération révèle que l’auxiliaire reste fidèle au poste. Il s’est acclimaté sans problème et sa spécificité d’action le rend sans danger pour d’autres insectes autochtones.
Une opération analogue est actuellement en cours à l’INRA pour combattre la Cicadelle nord-américaine, Metcalfa pruinosa, qui envahit de nombreuses régions du Sud de la France. Les résultats, bien que moins rapides à obtenir compte tenu de la biologie du ravageur et de l’auxiliaire introduit, sont extrêmement encourageants et permettent d’envisager une issue positive sur la réduction durable des populations de la cicadelle dans les toutes prochaines années.