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Les vertus du dialogue

Apiculteur sur le causse Comtal (Aveyron), à quelques kilomètres au nord de Rodez, Bernard Fernandez loue ses ruches à des agriculteurs multiplicateurs de semences (colza, tournesol, lin, luzerne...), à des arboriculteurs (pommier notamment) et à des producteurs de légumes (chicorée, poireaux, oignons, échalotes, cornichons...). Dans l’année, les ruches sont régulièrement déplacées afin de suivre la floraison des différentes espèces végétales à polliniser, depuis les fruitiers en avril jusqu’aux légumes en septembre.

©Trilly-Farre
Bernard Fernandez (à droite) loue ses abeilles à Jean-Claude Plo, agriculteur.

Respecter la nature, les produits et les hommes

Cette approche “naturelle” de l’agriculture devait forcément coïncider avec les objectifs du réseau Farre, d’où son adhésion. “Je m’y suis investi dès le début, explique Bernard Fernandez. Il faut raisonner autrement, beaucoup observer et rester proche de la nature : exactement ce que font les apiculteurs.” Par ailleurs, les conditions particulières du causse Comtal, une région difficile à 600 mètres d’altitude, avec peu de terres cultivables et où les hivers sont froids et les étés secs, ont habitué les agriculteurs locaux à bien raisonner leurs productions, à travailler avec mesure et prudence, sous peine d’échecs cinglants. Des habitudes bien adaptées à l’esprit de l’agriculture raisonnée, qui, selon Bernard Fernandez, “vise au respect de la nature, des produits et des hommes”.

Côté nature, il travaille avec des abeilles noires, une variété autochtone, bien adaptée, ce qui permet notamment de limiter les risques de maladies.

Côté produits, Bernard Fernandez suit un cahier des charges comprenant des normes strictes qui s’appliquent au bâtiment où est fabriqué le miel : bonne insertion dans le paysage, respect du principe de la marche en avant (chaque salle suit le processus de fabrication du miel jusqu’à sa mise en pot), revêtements antipoussières, division en deux étages pour séparer les activités de fabrication du miel et de menuiserie sur les ruches, etc.

Les ruchers du Rouergue

Situés sur la commune de Salles-la-Source (12), à 8 km au nord de Rodez.

600 ruches tout en transhumant sur sept départements pour la pollinisation des cultures (fruitiers, légumes, colza, tournesol, etc.) et la production de miel de cru (miel de montagne).

Produit environ 10 tonnes de miel par an.

Enfin, en ce qui concerne les hommes, le respect passe par le dialogue qui permet de nouer une collaboration étroite avec les agriculteurs auxquels il loue ses ruches pour la pollinisation.

Une collaboration réciproque

La discussion commence dès le travail du sol avant la mise en culture. “Ce n’est pas parce que j’apporte mes abeilles pollinisatrices qu’il va y avoir un miracle, précise Bernard Fernandez. Il doit y avoir en amont toute une discussion pour que mon travail soit le plus efficace possible. Par exemple, au moment du labour, on peut essayer d’envisager un désherbage sur sols nus quand c’est possible. C’est mieux pour mes abeilles qui ne risquent pas d’être en contact avec des molécules en cas de désherbage plus tardif. Nous discutons également de la fertilisation et des traitements.” Ainsi s’instaure un échange. L’agriculteur devra prévenir l’apiculteur en cas d’invasion d’insectes ou en cas de maladies qui nécessiteraient des traitements nuisibles pour les abeilles. Une fois prévenu, l’apiculteur pourra alors retirer ses ruches avant de les replacer après le traitement effectué.

Le bon emplacement des ruches sur l’exploitation à polliniser est primordial. “Quand c’est nécessaire, je demande la replantation de haies pour mettre les ruches à l’abri et augmenter la présence d’autres insectes pollinisateurs qui sont toujours utiles en complément des abeilles.” Ainsi, la collaboration entre Bernard Fernandez et les agriculteurs doit être entière pour parvenir au meilleur du potentiel de pollinisation et obtenir les meilleurs résultats. Une collaboration devenue si étroite au fil des ans que Bernard Fernandez parle de “ses agriculteurs” qui, en retour, lui donnent du “mon apiculteur”…

 

Jean-Claude Plo, chef de culture du domaine de Fontorbe (81)

Moins de fruits déformés grâce aux abeilles

©Trilly-Farre
Jean-Claude Plo :“ La pollinisation par les abeilles est primordiale”.

Jean-Claude Plo loue les ruches de Bernard Fernandez pour polliniser les vergers du domaine de Fontorbe depuis douze ans. Chef de culture d’un domaine qui compte 200 ha de pommiers plantés et un peu plus de 3 ha de cerisiers, Jean-Claude Plo considère la pollinisation par les abeilles comme primordiale. “Même dans la situation actuelle de crise que nous connaissons sur le marché de la pomme où nous ne sommes pas rémunérés à notre prix de production, il n’est pas question de réduire ce poste de dépense”, précise-t-il. Car les résultats sont patents. “C’est un plus indéniable sur la qualité, en particulier pour ce qui concerne la forme des fruits : nous avons beaucoup moins de fruits déformés. Sur la quantité l’avantage est moins flagrant.” Depuis 24 ans qu’il est chef de culture sur cette exploitation, Jean-Claude Plo a toujours utilisé des abeilles, à raison de 3 à 4 ruches à l’hectare, soit entre 600 et 800 ruches sur l’ensemble de l’exploitation. “Vu les quantités, on fonctionne avec plusieurs apiculteurs, explique-t-il. On a eu un moment un souci avec des abeilles vectrices du feu bactérien qui infestaient nos pommiers. Nous avons immédiatement cessé notre collaboration avec ces apiculteurs qui venaient de la vallée du Rhône.”

Les preuves

©Trilly-Farre
La meilleure preuve de l’efficacité de ses abeilles, Bernard Fernandez la voit dans ces collaborations qui sont reconduites d’années en années car, dit-il, “les agris ne font pas appel à nous pour nos beaux yeux !”

  • 10 à 30 % de gain en quantité et en qualité de fruits ou de graines d’après l’Inra et les semenciers.
  • Plus bel aspect du fruit car il est bien fécondé.
  • Une plus grande teneur en sucre grâce à un bon développement.
  • Limitation des traitements insecticides, l’abeille entre en concurrence avec les insectes nuisibles. Sur colza, l’abeille gène la progression des méligèthes. En butinant, elle fait tomber les nuisibles au sol.
  • Sauvegarde de la biodiversité car les abeilles transportent le pollen de milliers d’espèces.
Damien Conaré, Référence environnement - 20/02/2006


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